Les chroniques de Lilia - Episode 15

Dernière ligne droite …

Tu sens le dénouement de ce long périple, chère lectrice ? Tu sens que ton esprit s’apaise plus la journée de ton mariage s’écoule, tu sens que ton corps relâche progressivement toute la pression accumulée lors de ces préparatifs, tu sens qu’une nouvelle page se tourne pour laisser place à ce dont tu as toujours aspiré : une vie remplie de bonheur avec ton amoureux.

Le reflet de cette nouvelle vie commençait à se dessiner sous mes yeux en cette journée de « grand mariage ». Pourtant, rien de bien important n’allait changer dans notre vie. J’habitais déjà avec le Pilou, je m’endormais déjà chaque soir dans ses bras, je le materai toujours tandis qu’il prend sa douche. Ce qui changerait à peine notre quotidien serait finalement ce petit anneau à nos annulaires respectifs. Mieux qu’un chat qui marque son territoire, ce petit anneau marquait ma propriété : Pilou était à moi. La soirée de mariage était la première occasion de vérifier mon raisonnement. Si pour ma part, je parlais désormais bien plus avec les mains pour exhiber les précieux bijoux dans une sorte de danse de doigts effrénée (on le fait toutes ? rassurez moi…), le Pilou semblait très bien s’accommoder à cet anneau. Cela le rendait excessivement sexy. Il exécutait un élégant ballet depuis son annulaire jusqu’à son front rappelant indéniablement ce lien marital qui nous unissait. Et puis, le Pilou étant gaucher, c’était là la garantie pour moi que tous les regards de son entourage ne pouvait échapper à ce petit gros détail.

La soirée se déroulait à merveille ponctuée par des témoignages hilarants de nos proches, ou des chansons de « toute beauté » interprétées par l’ensemble de nos invités. Nous avions pris le parti d’occuper les pauses entre chaque plat par un petit tour sur la piste de danse, l’occasion de faire la démonstration de notre fameuse danse de Rabbi Jacob reprise par tous nos invités. Le ton de la soirée était très humoristique vous l’aurez compris, jusqu’à cette originale ouverture de bal. Pour concrétiser le souhait de mon père, la soirée dansante a débuté par un slow avec lui. Pas de valse malheureusement pour mon père, car la connexion entre ma tête et mes pieds subit un court circuit à chaque fois que je me mets à exécuter une chorégraphie. Ce slow très émouvant est l’occasion pour mon père d’échanger quelques mots doux avec lui. Soudain, la musique enchaîne brutalement sur « Take my breath away ». Oui oui, c’est bien cela une des musiques phares du film Top Gun. Le Pilou apparaît donc casque de vol en main, lunettes de soleil sur le nez pour me rejoindre sur la piste de danse et me kidnapper tendrement aux bras de mon père. Très kitsh comme entrée, mais pourtant tellement sexy… Manquait plus que sa combinaison de vol, et je le violais du regard (pas que…). Le dance floor se remplit et chacun se prit dans cette élan de joie et bonheur qui nous emparait.

Le wedding cake fit son arrivée vers les coups de minuit. De présentation sobre mais élégante, j’avoue que ce gâteau a fait son effet sur les invités. D’ailleurs, nous avions peut être été trop généreux sur les quantités à tel point que nous sommes repartis avec notre doggy bag de gâteau à la main et que nous en avons mangé pendant plus d’une semaine (ce qui explique notamment ma prise pondérale après le mariage).

La journée touchait sa fin. Les invités s’éclipsaient petit à petit contraints et forcés par leurs obligations professionnelles ou familiales le lendemain. J’enfilais ma petite laine pour repartir à la maison dans le froid continental et passer ma première nuit de femme mariée à… dormir : vous ne rêvez pas, pas de kiki chouchou pendant la nuit de noces des Pilous. C’est un mythe, les filles !! La nuit de noces n’existe pas : Monsieur et Madame Pilou étaient trop fatigués pour se laisser aller à ce genre de choses. La nuit de noces estdéfinitivement un concept fait pour les mariés d’un autre âge, pour les endurants, pour les compétiteurs, pour les marathoniens : Pilou et moi étions définitivement vieux, non endurants avec une motivation de poulpes. Donc on s’est endormi comme à notre habitude, lui sur le dos, et moi comme une pieuvre sur lui, ma jambe gauche sur son abdomen, mon pied droit contre son pied gauche, sa bouche ronflante dans mon oreille et nos mains entrelacées... Mais pour vous rassurer, je vous précise que si je n’ai pas eu ma nuit de noces, j’ai eu tous les lendemains et sur lendemains « de noces ».