Les chroniques de Lilia - Episode 13

« Oui, je le veux »

 

« Mr et Mme Pilou, je vous déclare mari et femme »  s’exclama l’adjoint au maire. C’est bien la seule phrase que j’ai retenu d’un long et original discours de l’adjoint au maire. J’ai d’ailleurs un peu honte, très distraite pour ce moment pourtant symbolique, je n’ai pas été suffisamment consciencieuse et bonne élève. Et mon esprit a très vite décroché quand le maire s’est engouffré dans un laïus sur la COP 21 (qui se déroulait au moment même de notre mariage) et sur le développement durable, comparable à ce qu’il nous souhaitait pour l’avenir de notre couple.

Nous dirons alors que j’ai une mémoire très sélective et ce jour là, encore plus en tant qu’épouse du Pilou. Certaines se demanderont donc vers quoi peuvent tendre les pensées d’une mariée pendant le discours du maire : et bien, je vais vous répondre, moi j’ai fait une fixette sur la coiffure de cet homme d’état qui nous unissait. Longue mèche tombante sur le front, cheveux gras, teinte poivre et sel, structure capillaire inexistante malgré une sorte de gomina dans les cheveux… Oui, c’était bien là la coiffure d’un écolo. Je me disais dans mon fort intérieur que c’était quand même une belle escroquerie : Pilou et moi mariés par un ancien hippie des années 70, un écolo convaincu. Autant dire que c’était comme si un obèse prescrivait un régime à une anorexique. (Promis, juré, craché, un jour Pilou et moi mangerons bio et nous ferons le tri sélectif de nos déchets…)

Après, j’ai laissé flâné mon esprit à un tas de pensées ridicules : ma mère ressemblait vraiment à la reine d’Angleterre avec son chapeau, il manquait plus que le Prince Charles à ses côtés pour faire illusion. Mes témoins étaient quand même canons et très classieuses. Ma photographe, quant à elle, était tel un électron libre, elle me faisait rire à se glisser dans des endroits improbables de la salle pour garantir la meilleure prise de vue possible. Je baissais alors les yeux sur mes cuisses légèrement mises à jour par le repli de ma robe du fait de la position assise : et là, ce fut le drame, je réalisais que je n’avais pas épilé mes cuisses, et que même s’ils m’assuraient une isolation thermique certaine, mes poils étaient bien de trop. La loose. En fait, tu as beau essayé de ressembler à une princesse ce jour là, le naturel revient vite au galop, et mes poils aussi… Heureusement, je quittais cette robe courte quelques heures plus tard pour revêtir une robe longue dont l’avantage couvrant était non négligeable. Je précise cependant que je m’épile l’ensemble de mes membres inférieurs en temps normal, histoire d’éviter à toi, lectrice, de me considérer comme une maman ours à la fourrure très velue (quoiqu’en période de froid extrême, j’avoue que…. Bon, bref).

Essayant de dissimuler ce détail non négligeable, je regardais innocemment autour de moi et tombais sur le visage fermé de mon père. Il réalisait peut être qu’il perdait symboliquement sa fille. J’aurais voulu être dans ses pensées. Quoiqu’il en soit, d’un regard échangé avec lui, il a compris que j’étais toujours sa « petite » fille, et que rien ne changerait entre nous. Je continuerai toujours à lui tenir la main dans la rue même à 30 ans, de la même façon que lorsque j’avais 4 ans.

Puis j’ai croisé le regard de Pilou : quel beau gosse cet homme ! Le charme et l’élégance des hommes égéries de grandes marques de parfums (j’exagère certainement un peu, mais il faut que je te donne envie, lectrice…). La carrure mise en avant par une taille sur mesure de son costume (sans parler de son fessier). Ses doigts s’entrelaçaient tendrement aux miens, éveillant tous mes sens. Ses lèvres esquissaient un sourire apaisant à mon égard. Tout à coup, tel un réveil brutal j’ai entendu mon nom, mon prénom, et c’était LA question, voulez vous prendre pour époux Monsieur Pilou ? Instinctivement, j’ai répondu « oui ». Alors ce « oui », je l’ai beaucoup travaillé devant le miroir la semaine précédant le mariage : j’ai essayé la voix neutre : trop monotone. La voix douce : trop niaise. La voix Barry White : trop masculin. Au final, j’ai opté pour un oui spontané et souriant. Oui, Oui, Oui. Oui j’étais enfin Madame Pilou !