Les chroniques de Lilia - Episode 12

« C’est le jour de grand mariage »

Après ce parcours du combattant que nous avons traversé mon futur mari et moi pour mettre sur pieds notre grand jour, il est temps de partager avec toi, chère lectrice, le « grand » jour.

Mercredi 16 décembre, 6h30 : mon réveil sonne. Je me retourne, le Pilou n’est pas là. Dans le flou de mon esprit à peine réveillé, foule de question se bouscule : pourquoi le réveil sonne ? (cette question est la question de tous les matins, en réalité), pourquoi 6h30 ? Mais où est Pilou ? D’un grand sursaut, je me lève. Oh purée, c’est vrai, aujourd’hui, je me marie. Ouaou… D’une rotation ralentie sur le rebord de mon lit,  je reprends mes vieilles habitudes du matin.  Je me dirige lentement vers la salle de bain. Coup d’œil au miroir, cernes et yeux pochés, cheveux en bataille, teint pâle hivernal… Bref, il y va avoir du boulot. Douche. Pull et jean et culotte porte bonheur pour rejoindre mon coiffeur. Le ventre vide pour ne pas changer, je quitte la maison. Je poursuis mon réveil quand j’aperçois la nuit profonde illuminée par les lumières éblouissantes des belvédères dans la rue. Mes essuies - glaces se mettent automatiquement en marche… Mince, il pleut. Je vais friser…

Effectivement, comme matinée de mariage, il y a plus glamour… Je me serais bien vue dans une belle suite d’hôtel, en peignoir de soie, accompagnée de mes témoins et rejointe par l’équipe de « ravalement de façade » à savoir maquilleur et coiffeur … Mais non, toujours d’imprévus en imprévus, il aura fallu s’adapter jusqu’à la dernière minute.

Donc je rejoins mon coiffeur. Lui, c’est un personnage atypique, c’est ma photographe qui me l’a conseillée à peine 3 semaines avant. La première fois que je l’ai vu pour l’essai coiffure, j’ai été surprise par son look. Barbichette taillée au poil, petit marcel même par -5°C, bagues en tête de mort, et tatouages recouvrant ses bras, oui, au début, je me suis dit qu’est ce que je fais là, mais je lui ai accordé le bénéfice du doute. Et j’ai eu raison, il a su dompter ma crinière : 3 ans pour faire pousser ces cheveux, je vous avoue que cela commençait à faire des rasta genre « Bob Marley ». Ce matin de mariage, j’ai donc pu profité d’un long massage capillaire pour me réveiller enfin en douceur.

Tout était improbable dans ce salon de coiffure : une autre cliente également levée aux aurores se faisait coiffer. Elle avait environs 80 ans, toute émue de me voir coiffée pour mon mariage. Elle surveillait d’un regard sûr les gestes de mon coiffeur. C’était un peu comme ma témoin, témoin du début de la métamorphose. En électron libre, je voyais ma photographe, Maddy, immortaliser chaque instant. Elle aussi, c’est un sacré bout de femme. C’est un coup de cœur cette femme. Elle photographe ce qu’elle ressent. Elle immortalise non pas des images, mais des sentiments. C’est une vraie belle personne, une petite perle. Elle a su m’accompagner dans chaque moment de cette journée. On se dit qu’en cette journée un peu particulière, nous n’avons pour centre d’intérêt que la logistique et les détails de dernière minute. Pourtant avec elle, cette journée s’est transformée en une journée entre copines. Dans les embouteillages, on papotait, on refaisait le monde. 

Coiffure terminée, je devais filer me faire maquiller en ville dans une grande enseigne du maquillage à défaut d’avoir pu trouver une maquilleuse à domicile. Prise par le temps, petit détour à la maison pour enfiler la robe dédiée au mariage civil. Caroline, une amie de la faculté, était à mes côtés pour m’habiller. Grâce aux conseils avisés de Caro et de ma photographe, j’ai renoncé à la culotte gainante ultra pas sexy. Je n’ai pas filé mes collants. J’ai même pensé à prendre mon sac de survie (baskets, rouge à lèvres, mouchoirs… ).

En deux, deux, c’était fini. Direction la maquilleuse. Dans mes vagues calculs, j’avais prévu 40 min pour me faire maquiller. Arrivée devant la boutique, il ne me restait plus que 20 min. J’ai voulu me convaincre que c’était un problème d’horloge. Rien de tout cela, j’étais définitivement en retard. Comme dans l’émission des reines du shopping, j’ai défié la maquilleuse : « objectif, 15 minutes pour réaliser mon maquillage de mariage ». Chrono en main, la jeune fille a grave géré.

Ça y est, j’étais enfin prête. Je touchais du doigt le moment tant attendu. Sous la pluie, tandis que je rejoignais la mairie d’un pas rapide même à talons, une légère angoisse commençait à surgir : mes coques qui faisaient office de soutien-gorge commencèrent à se décoller. Elles allaient vraiment finir par se retrouver à mes pieds.  Improbable : la future mariée vêtue toute de blanc, sous un ciel gris, dans le froid de l’est, en plein milieu d’une rue commerçante, en train de se mettre les mains aux seins pour créer un effet ventouse et garantir un bon maintien de sa petite poitrine (ou du moins, faire croire qu’elle a de la poitrine malgré tout). Petit réajustement effectué, j’atteignais enfin la mairie et voyais enfin mon futur mari. Petit fessier moulé par son pantalon de costume, je craquais comme au premier jour. J’étais fan de son fessier, et surtout du propriétaire de ce petit fessier. J’allais devenir Madame Pilou…