LES CHRONIQUES DE LILIA - EPISODE 8

"Pourquoi veut il m’épouser ?"

Je suis une femme imparfaite et je n’ai aucune volonté : avant le mariage, j’étais bien loin de manger une salade par jour, et bien loin également de faire mon heure de sport par jour pour rendre mon petit postérieur tout ferme et galbé. Je misais tout sur mon stress quotidien pour me faire maigrir pour le grand jour. Mais non, l’effet inverse se produisait : plus le mariage approchait, plus je mangeais et devenais flasque. Et le grand froid n’aidant pas, la plupart de mes repas consistaient en une bonne raclette ou un bien grasse fondue – chacun ses petits plaisirs. Chaque jour qui passait, je priais Jésus, Bouddha et tous les autres saints pour que le poids inscrit sur mon pèse personne diminue. Et si je ne m’en étais tenue qu’à ça, je serai devenue athée. Je n’ai malheureusement jamais perdu un seul gramme avant le mariage.

Le facteur aggravant, c’était surtout mon homme. Quand je lui demandais si j’étais grosse, il me répondait d’un ton sûr : « mais non ma chérie, tu es parfaite ». Quand aussi je lui demandais si j’avais maigri, il rétorquait d’un ton très crédible et affirmatif : « bien sûr, mon amour ». D’une profonde naïveté  (volontaire, je crois), j’émettais une hypothèse mathématiquement absurde : mon pèse personne ne fonctionnait pas, probablement du fait d’une pente « invisible » du sol de ma salle de bain. Le jour J, j’allais donc devoir assumer quelques rondeurs mal placées ; pourtant, cette vérité ne m’est apparue que très tardivement, voire même trop tard pour pouvoir la corriger si ce n’est par l’achat du dernier espoir : la culotte gainante… Qui l’aurait cru ? Je vous rassure, elle est restée au fond de ma commode le jour de mon mariage. A croire que tout était destiné pour que j’assume mes imperfections ce jour là.

Cet état des lieux de l’ensemble de mes imperfections impliquait bien d’autres interrogations de ma part. Je suis une femme imparfaite car je n’ai aucunement la capacité de garder ma dignité quand je suis complètement bourrée. Je crie toutes les vérités bonnes et mauvaises à dire. Je suis prise d’une inhibition pouvant m’amener à faire danser le sévère et détestable oncle Jean envers et contre tout. Je vous épargne également les sombres épisodes de fins de soirée où mon chéri me tient avec dévouement les cheveux tandis que j’élimine tout l’alcool ingurgité, dans nos toilettes. Très glamour, je sais.

De ce fait, comment allais je pouvoir gérer les toasts, les coupes de champagnes, les vins d’honneurde mon mariage… L’abstinence ? J’imaginais déjà les réflexions de belle maman : alors ? Tu as une autre bonne nouvelle à nous annoncer ? Non, l’abstinence n’était définitivement pas la solution préférentielle. La modération ? Peut être la meilleure solution car « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé ». Mais pour assumer cette modération, il me fallait de la volonté et de la motivation. Tout ce qui me faisait défaut. La dernière alternative était d’avoir recours à mon Pilou : il allait jouer le gendarme (de Saint Tropez) avec brio. D’un regard insistant, il freinerait tout excès de ma part. Le compromis était donc trouvé pour éviter de retrouver la mariée dans des positions compromettantes avec son mari (quand je vous parlais de désinhibition…). Ouf, je n’allais pas avoir de trous de mémoire le soir de mon mariage !

Dans la longue liste de mes imperfections, je peux vous avouer que je suis aussi une femme imparfaite car je ne supporte pas les talons plus de 20 minutes d’affilée. J’ai donc essayé pour le jour J les coussins en silicone pour apaiser ma voûte plantaire : échec ! J’avais tout aussi mal à mes petits petons. J’ai en conséquence acheté 3 paires de chaussures pouvant faire office de parfaits souliers pour mon mariage. J’initiais donc une étude comparative scientifiquement bien établie : elle consistait à porter chaque paire une demi-journée durant, à en déterminer le nombre d’ampoules séquellaires, les rougeurs persistantes et les oedèmes provoqués. Cette étude très objective menait à la rude conclusion que mes pieds n’étaient pas faits pour des chaussures à talons : mes pieds ressemblaient à l’issue de cette étude à des boudins rouges ponctués de phlyctènes géantes (terme médical signifiant ampoules très douloureuses pour mes petits pieds). Au final, j’optais pour un compromis : je mettrais les talons le temps suffisant pour la survie de mes pieds, et je les abandonnerais à ce moment là  pour ma jolie et réconfortante paire de Superstar.

Cette liste pourrait être encore bien plus longue, mais au final, ne peut-on pas s’avouer que toute femme le jour de son mariage est parfaite car l’ensemble de ses imperfections constitue juste sa beauté au naturel ? En tout cas, cela a été ma philosophie le jour J, quand je me suis vue dans le miroir des toilettes avec mes rondeurs, mes baskets et ma petite coupette de champ’ à la main. J’étais une femme mariée heureuse et (presque) parfaite aux yeux de mon mari.