LES CHRONIQUES DE LILIA - EPISODE 7

 " Divorcer avant le mariage ? "

Vous commencez à prendre conscience du parcours du combattant que fut l’organisation de ce mariage. Et bien ce n’était que le début.

Un certain lundi matin, 4 mois avant le mariage, ma hiérarchie me convoquait pour m’annoncer mon départ imminent en mission pour l’Afrique. A cette date, nous n’avions ni fleuriste, ni salle, ni traiteur, ni photographe… Mon amoureux rentrait à peine d’une mission de 4 mois et j’attendais avec impatience son retour pour valider les prestataires. Donc en résumé, nous n’avions pas grand chose de dessiné pour le jour de notre union, et c’est à Monsieur que je confiais cette lourde tâche d’organiser notre mariage.

Ma réaction à cette annonce fut immédiate et mon chef l’a bien vite compris : bégaiements, teint oscillant entre « vanille et fraise », frissons, hyperventilation… A la limite du malaise vagal. Lui, si peu concerné par ma vie personnelle n’a pour une fois plus su où se mettre quand il a compris qu’il venait de mettre en péril ce qui devait être le plus beau jour de ma vie. Mais je ne pouvais renoncer à cette mission. Certaines prétexteront qu’il s’agit d’égoïsme ou d’une fuite, moi, je mets plutôt cela sur le compte de la nécessité d’un épanouissement professionnel, que mon futur mari tolérait et comprenait pour le bien être et l’équilibre de notre couple. Alors j’ai fait à nouveau la respiration du petit chien (cela marche vraiment à tous les coups). Tout en faisant mes sacs pour mon départ, j’établissais un véritable plan de bataille. Déformation professionnelle, je sais… Je lui laissais l’intégralité d’une bibliographie bien fournie sur les mariages, avec des sortes de questionnaires à remplir à l’issue de la rencontre avec chaque prestataire, ou à l’issue de la visite d’un lieu.

Je vérifiais les modes de communication disponibles sur mon théâtre d’opération extérieure :

-       Réseau téléphonique : une blinde, impossible
-       Voie postale : 3 semaines d’acheminement pour un courrier, impossible
-       Technique de la fumée d’un brasier : je ne suis pas pyromane, impossible
-       Technique des vibrations sur des rails de train : pas de train là bas, impossible
-       Réseau internet (pas de wifi, vitesse à 2 à l’heure) : bon, et bien, je n’avais pas trop choix, cela allait être mon mode de communication privilégié.

Je suis partie 2 mois, l’occasion de passer toutes mes nuits devant mon écran d’ordinateur à trouver les lieux, prestataires, décorations du mariage. J’envoyais les liens de chacune de mes trouvailles au Pilou et lui s’exécutait. Il rencontrait chacun des prestataires, visitait chaque lieu, essayait de réaliser lui même ses petits DIY… Et le drame annoncé survint quand j’eus trouvé le centre de table. Celui ci consistait en un arbre tortueux sur lequel nous voulions déposer des fleurs blanches et suspendre des photophores. Le Pilou a donc fait intervenir sa « môman » : ils ont dont mis à nu l’arbre d’un vieil oncle pour mettre en scène ces centres de tables qui m’étaient si chers. Mon amoureux a fait plus de 500km pour aller les récupérer. La mission était réussie. Pourtant quelle ne fut pas ma surprise à mon retour quand j’ai vu « les bouts d’arbres ». Mon homme n’avait pas pris le temps d’enlever les feuilles. J’ai donc patiemment dénuder ces arbres. J’ai pris un pot pour visualiser le résultat final : cela ne ressemblait à rien. Le tortueux n’en était pas un. Les branches étaient totalement maigres et asymétriques. Donc à moins de 3 semaines du mariage nous n’avions pas de centre de table, nous avions tué un arbre et petit gros détail : le Pilou avait pourri ma voiture en transportant ces vieilles branches.

Je me suis alors transformée en Hulk en pleurs, incontrôlable et colérique. Je renonçais à me marier dans ces conditions, j’ai tout remis en question. Je lui en voulais de ne pas s’être rendu de ses erreurs plus tôt, je lui en voulais de ne pas avoir assuré. Tous ces obstacles dans l’organisation de notre mariage nous avaient fragilisé. Peut être que ce n’était pas l’homme de ma vie.

Aujourd’hui, je m’en veux encore d’avoir eu ces hésitations, d’avoir été si agressive et si méchante avec mon amoureux. Il était une évidence dont je me suis bien vite rendue compte : les hommes ne sont pas des décoratrices dans l’âme. Et j’admire tous les efforts et toute l’implication que mon homme avait mis dans l’organisation de ce mariage en mon absence. Et rien que pour cela, la raison me revenait très vite, et je me rappelais pourquoi je l’aimais si fort, et pourquoi je ne divorcerai pas avant le mariage, ni même après. Pour le centre de table, il fallut trouver un plan b en moins de 3 semaines, que je vous confierai très prochainement.


La suite, c'est mardi prochain !

LES CHRONIQUES DE LILIA

Qui est Lilia? "J'ai 30 ans, je me suis mariée le 16 décembre 2015 à l'issue d'un long périple et d'une organisation express en 3 semaines (paradoxal, non?). L'élu s'appelle "Pilou". Nous sommes tous les 2 militaires, chacun dans une spécialité très prenante en terme d'emploi du temps, et imposant de multiples départs à l'étranger au pied levé, ayant compliqué l'organisation du grand jour."